Marzo 11, 2007...4:22 pm

Ninguna letra es indispensable

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¿Es posible escribir páginas y páginas sin utilizar la letra “e”? ¡Sí! El genial autor Georges Perec (1936-1982), en su libro El Secuestro (en el original La Disparition), de unas 240 páginas, intenta demostrar que al hacer restricciones en el lenguaje se fomenta la capacidad creativa.

He aquí un fragmento de la edición francesa. En español el equipo de traducción optó por hacer desaparecer la letra “a”:

” Oui, il y a aussi Ismaïl, Achab, Moby Dick. Toi, Ismaïl, pion tubar, glouton d’obscurs manuscrits, scribouillard avorton qu’un cafard sans nom gagnait, toi qui partis, fourrant unsarrau, trois maillots, six mouchoirs au fond d’un sac, courant à ton salut, à ta mort, toi qui, dans la nuit, voyais surgir l’animal abyssal, l’immaculation du grand Cachalot blanc, ainsi qu’un océan lilial dans l’azur froid !

Ils sont partis trois ans, ils ont courus trois ans, bravant tourbillons, ouragans ou typhons, du Labrador aux Fidji, du Cap Horn à l’Alaska, d’Hawaii au Kamtchatka.

A minuit, au gaillard d’avant, il y avait Starbuck, Daggoo, Flask, Stubb, du Cap-Cod, Dough-Boy. Pip jouait du tambourin. On chantait:

Oh yo Oh yo

Pour un flacon d’Alcool !

Un marin nantuckais immortalisait un combat colossal qui, par trois fois, opposait Achab au grand Cachalot blanc, à Moby Dick. Moby Dick! Son nom glaçait jusqu’aux plus forts, un frisson convulsif parcourut l’octogonal tillac. Moby Dick ! L’animal d’Astaroth, l’animal du Malin. Son grand corps blanc qu’un vol d’albatros partout, toujours, accompagnait, faisait, aurait-on dit, un trou au mitan du flot, un noyau blanc sur l’horizon azur, qui vous fascinait, qui vous attirait, qui vous horrifiait, trou sans fond, ravin blanc, sillon fulgurant d’un courroux virginal, couloir qui conduisait à la mort, puits vacant, profond, lacunal, vous aspirant jusqu’à l’hallucination, jusqu’au tournis ! Huis blanc d’un Styx plus nois qu’aucun goudron, tourbillon blafard du Malström ! Moby Dick ! On n’y faisait allusion qu’à mi-voix. Signons-nous, disait parfois un bosco pâlissant. L’on voyait plus d’un marin murmurant tout bas un dominus vobiscum.

Alors, apparaissait Achab. Un sillon profond, d’un blanc blafard, traçait son cours parmi son poil gris, striait son front, zigzaguait, disparaissait sous son col. bancal, il s’appuyait sur un pilon ivoirin, moignon royal qu’on façonna jadis dans l’os palatin d’un grand rorqual.

Il surgissait, tonnant, hagard, maudissant l’animal qu’il pourchassait voici dix-huit ans, il lui lançait d’insultants jurons.

Puis, au haut du grand mât, il plantait, il clouait un doublon d’or, l’offrant à qui saurait voir avant tous l’animal.

Nuit sur nuit, jour sur jour, à l’avant du galion, transi, raidi dans son suroît, plus dur qu’un roc, plus droit qu’un mât, plus sourd qu’un pot, sans un mot, sans un clin, plus froid qu’un mort, mais bouillonnant dans son for d’un courroux surhumain, volcan grondant ainsi qu’un bloc raidi chu d’un ouragan obscur, Achab scruta l’horizon noir. La Croix du Sud brillait dans la nuit. Au haut du grand mât, ainsi qu’un point sur un i, l’halo gris baignait d’un clair obscur pâlissant l’or maudit du doublon.

Trois ans dura la circumnavigation. Trois ans durant cingla l’hardi galion, louvoyant du nord au sud, roulant, tanguant dans l’inouï tohu-bohu du jusant, bourlinguant sous l’août brûlant, sous l’avril glacial.

Un court instant, tout parut s’adoucir. A dix furlongs du galion, Moby Dick glissait, animal divin, paix avant l’ouragan final. Il y avait dans l’air ambiant un parfum saisissant d’absolu, d’infini. Du flot cristallin sourdait, montant, un halo lustral qui donnait à tout un air virginal. Nul bruit, nul courroux. Chacun s’immobilisait, contraignant son inspiration, saisi par la paix qui soudain rayonnait, s’irradiait, alangui par l’amour inouï qui montait du flot calmi, du jour blanchissant.

O, instant amical, unisson parfait, absolution ! Avant la mort qui rôdait, l’himalya lilial du grand Cachalot blanc donnait à tous son grand pardon, à Starbuck, à Pip, à Ismaïl, à Achab.

Achab ! Front brûlant, tordu, horrifiant, bossu. Un long instant, sans un mot, il fixa l’horizon. Un profond sanglot agita son poitrail puissant.

- Moby Dick, Moby Dick ! hurla-t-il à la fin, tonitruant. Allons tous aux canots.

Sur son jambart au cuir crissant, Daggoo affûta son harpon au morfil plus aigu qu’un razoir.

L’assaut dura trois jours, trois jours d’affronts inouïs, chocs obscurs, corps à corps, vingt six marins unis dans un combat colossal, assaillant dix fois, vingt fois, un harpon plus tranchant qu’un bistouri s’implanta jusqu’aux quillons, jusqu’aux croisillons dans l’animal qui rugissait, bondissait, mais qui nonobstant d’aigus barbillons labourant au plus profond sa chair, d’aggripants crocs tailladant, arrachant à vif, traçant sur son dos blanc d’avivants sillons sanglants, faisait front, s’attaquait aux canots qu’il culbutait, qu’il coulait, puis disparaissait tout à coup au plus profond du flot. Puis un soir, s’attaquant soudain au trois-mâts, moby Dick l’ouvrit d’un coup. L’avant du galion bascula. Dans un sursaut final, achab lança son harpon, mais son fil tortilla. Moby Dick, tournoyant, fonça sur lui.”

Por cierto, que Georges Perec, junto con Roland Barthes, son los pioneros en utilizar la estructura “Me gusta/No me gusta” que yo uso en mi sección Conoce al que hace Esto.

3 comentarios

  • Um, vale, tienen su mérito, pero mi primer post desde Liverpool, si mal no recuerdo, no necesité ninguna eñe y ninguna palabra con acento, que mi creatividad me costó. De hecho creo que hay una palabra que debí poner acento y me lo tangué XDDD
    Efectivamente, nada es indispensable con riqueza de lenguaje

  • Hombre, la cuestión es que la ‘e’ es la letra más usada en francés (y en inglés, y en alemán…), de ahí la dificultad para hacer un escrito como ese, que me ha dejado de piedra :P

    Hay una curiosidad respecto a ésto, y es que aunque en inglés, francés y alemán la letra más usada es la ‘e’, en español no hay un estudio definitivo sobre ello. Hay dos “corrientes” surgidas de estudios estadísticos, que apuntan a la ‘a’ y la ‘e’ respectivamente, pero por lo visto ninguna de las dos es a día de hoy definitiva :P

    Mer, aplaudo tu proeza!! :P Yo cuando estuve en Inglaterra me desesperaba, sin ñ ni acentos… no era capaz, porque entre que me mosqueaba por no tener mis teclas y me desesperaba por pensar algún sinónimo al final se me olvidaba lo que quería decir :D

  • ésto me recuerda mucho a una de las canciones del (gran) grupo mamá ladilla. la diferencia es que esta canción, que en concreto se llama “en el vergel del edén”, en vez de no usar la letra “E”, no emplea ninguna otra vocal.
    y lo que la hace tan grande es el virtuosismo de que tiene sentido lo que dice, porque yo puedo escribir “que el nene de Cele se queme el pene” pero de ahí a hacer una letra de una canción con introducción, nudo y desenlace, y además sentido y coherencia…

    de hecho me ha parecido curioso ponerlo en mi blog, y por si queréis echarle un vistazo:
    http://ktulu.wordpress.com/2007/03/12/en-el-vergel-del-eden/


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